Visibles à l’écran, absentes du pouvoir : le paradoxe des femmes à l’antenne
En mars 2026, l’Arcom a publié son rapport annuel sur la représentation des femmes dans les programmes audiovisuels. Le constat pourrait sembler encourageant : des progrès ont été réalisés depuis la loi de 2014 sur l’égalité femmes-hommes.
Mais le problème est ailleurs.
Ce que documente le rapport, ce n’est pas seulement un écart de présence.
C’est une hiérarchie qui détermine qui parle, sur quels sujets et avec quelle légitimité.
La thèse est simple : la visibilité des femmes s’améliore.
Mais une tension persiste : cette visibilité ne se traduit pas en légitimité.
Depuis 2023, les femmes représentent 39 % des personnes présentes à l’antenne.
Un chiffre stable, mais encore loin de la parité.
Surtout, cette présence se concentre sur un rôle précis : celui de présentatrice (51 % de femmes). Dès que l’on bascule vers des fonctions d’analyse ou de prise de position, les écarts se creusent. Les femmes ne représentent alors que 34 % des invité·es en plateau, 28 % des expert·es interrogé·es et seulement 22 % des personnalités politiques entendues.
Ce que ces chiffres révèlent, ce n’est pas un manque de visibilité.
C’est une distribution inégale de l’autorité.
Le déséquilibre se prolonge dans des mécanismes plus discrets mais décisifs. À présence égale, les femmes parlent moins que les hommes, avec un écart moyen de 8 points. Elles sont aussi moins identifiées par leur nom et leur fonction, avec 10 points d’écart.
Or, ces éléments – temps de parole, identification, statut – sont précisément ceux qui construisent la légitimité à l’antenne.
Autrement dit, leur parole est moins sollicitée, et lorsqu’elle existe, elle est moins installée comme légitime. Et cette logique se renforce selon les contextes. Plus les sujets sont considérés comme stratégiques, plus les femmes disparaissent. Plus elles avancent en âge, moins elles sont visibles. Et pour certaines, les discriminations se cumulent : parmi les personnes perçues comme étant en situation de handicap, seulement 24 % sont des femmes.
Ce que révèle le rapport, ce n’est donc pas un problème de vivier.
C’est un système qui distingue les rôles visibles des rôles légitimes.
L’implication est directe pour les environnements professionnels. Lorsque la légitimité des femmes est structurellement minorée, leur capacité à s’exprimer, à contester ou à signaler s’en trouve fragilisée. Et c’est dans ces silences que les VMSS peuvent s’installer. Parce que la sous-représentation normalise l’effacement et que l’effacement ouvre la voie à d’autres formes de violence.