Sexisme en France : un système à deux visages
Le rapport annuel HCE 2026 sur l’état du sexisme en France vient de paraître. Et son enseignement le plus dérangeant n’est pas celui qu’on attendait. Une fois de plus, l’étude ne décrit pas seulement un continuum de violences. Elle met en lumière une mécanique, un système cohérent. Deux visages. Un même effet.
Sexisme hostile ou sexisme paternaliste : une même logique
On parle beaucoup du sexisme hostile, celui des comportements agressifs, des remarques dévalorisantes, de la justification explicite des violences. 17 % de la population française y adhère, soit près de 10 millions de personnes. 23 % des hommes, 12 % des femmes.
C’est massif. C’est documenté. Mais ce n’est pas le chiffre le plus préoccupant.
Le sexisme le plus répandu est souvent celui qu’on ne reconnaît pas.
23 % de la population adhère au sexisme paternaliste, soit un quart des Français de 15 ans et plus. 7,5 millions d’hommes. 5 millions de femmes. Il dépasse le sexisme hostile en volume, et contrairement à lui, il traverse politiquement tous les milieux.
Le sexisme paternaliste ne se présente pas comme du sexisme. Il se présente comme de la bienveillance. Une vision des femmes comme des êtres fragiles, naturellement plus douces, mieux adaptées aux rôles de soin et de dépendance. 62 % des répondant·es, tous genres confondus, adhèrent d’ailleurs à cette dernière idée. Elle ne choque personne. Elle circule librement.
Et c’est précisément là le problème.
Ce sexisme-là se déploie sous couvert de protection, de valorisation des rôles traditionnels. Il enferme sans agresser, assigne sans exclure frontalement. Et pour cette raison, il échappe à la critique, tout en perpétuant les mêmes inégalités.
Dans certaines catégories socioprofessionnelles — employé·es, inactif·ves — les femmes y souscrivent proportionnellement davantage. Ce paradoxe révèle quelque chose d’essentiel : la précarité et les processus de socialisation peuvent conduire des femmes à intérioriser des représentations qui, en apparence, les valorisent, mais qui, en réalité, légitiment leur subordination.
Un système cohérent, pas deux problèmes séparés
Sexisme hostile et sexisme paternaliste ne s’opposent pas. Ils se complètent.
L’un punit. L’autre enferme. La dévalorisation explicite et la survalorisation stéréotypée concourent au même résultat : le maintien d’un ordre inégalitaire. Et ce système produit des effets mesurables. 49 % des femmes déclarent avoir subi des discriminations au travail. Dans le secteur privé, elles gagnent en moyenne 22 % de moins que les hommes, et 4 % de moins à poste et temps de travail égaux.
Ces inégalités sont le résultat de représentations qui assignent, limitent et naturalisent les hiérarchies, souvent sans que personne ne s’en sente responsable.
Le mouvement #MeToo a rendu visible la partie émergée : les violences explicites, les comportements manifestes. Mais 84 % des femmes ont déjà vécu au moins une situation sexiste. 62 % ont subi du harcèlement dans l’espace public. Ces chiffres montrent que le continuum des violences commence bien avant les actes graves, dans le terreau de l’ordinaire que le sexisme paternaliste contribue à fertiliser.
Dans le cinéma et l’audiovisuel, ce mécanisme trouve un terrain particulièrement favorable. Les équipes se recomposent à chaque projet, la hiérarchie est concentrée, la précarité structure les rapports de pouvoir. Dans ce contexte, le sexisme paternaliste ne s’impose pas brutalement, il s’installe, se normalise, et finit par définir ce que tout le monde considère comme le fonctionnement ordinaire du secteur.
Former, c’est structurer
Le rapport HCE est sans appel : la prise en compte du risque de violences sexistes et sexuelles doit être intégrée dans le DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels). Les outils pédagogiques doivent être clairs. Les recours identifiables. Le droit français est déjà solide, mais l’enjeu est son application concrète.
Prévenir, c’est clarifier les responsabilités, outiller les encadrant·e·s, sécuriser juridiquement les structures et protéger les équipes. Travailler sur le sexisme, c’est aussi travailler sur les représentations normalisées, celles qui précèdent les actes et légitiment les inégalités.
Le baromètre HCE est explicite sur ce point : la formation et la sensibilisation des adultes en milieu professionnel constituent un levier stratégique incontournable. C’est précisément ce que construit l’Atelier Marcelle : des formations qui permettent aux équipes et aux décideur·se·s d’identifier les mécanismes, y compris les plus normalisés, pour agir dessus concrètement.