Masculinisme : une idéologie qui structure les résistances à l’égalité

Pendant longtemps, le masculinisme a été traité comme un phénomène périphérique : quelques communautés en ligne, des figures provocatrices, un bruit de fond à relativiser. Le baromètre HCE 2026 clôt ce débat.

Pour la première fois en France, une institution publique traite le masculinisme pour ce qu’il est : une idéologie structurée, documentée, mesurable et non une dérive marginale. Ce changement de statut n’est pas symbolique. Il change concrètement la façon dont on doit penser la prévention.

 

Une idéologie, trois postulats

 

Le masculinisme ne dit pas son nom. Il se présente comme du bon sens, comme une défense de l’équité, comme une réaction légitime à des excès supposés.

Il repose ainsi sur trois postulats précis :

L’égalité serait déjà atteinte. Les revendications féministes sont donc obsolètes, voire injustes envers les hommes.

Le féminisme serait allé trop loin, au point d’inverser les rapports de domination, plaçant les hommes en position de victimes.

Les hommes traverseraient une crise légitime, fragilisés dans l’éducation, la famille, les institutions, par des politiques d’égalité qui les dépossèdent.

Ces trois postulats construisent une opposition artificielle entre les sexes, dans laquelle les avancées des femmes sont systématiquement requalifiées comme des menaces pour les hommes. Le baromètre HCE le mesure : 60 % des hommes estiment que les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir qu’eux. 60 % jugent leurs demandes exagérées. 39 % des hommes, et 25 % des femmes, considèrent que le féminisme menace directement la place des hommes dans la société.

Ce basculement est structurant. Il installe une lecture concurrentielle des rapports de genre : si l’une avance, l’autre recule. Un récit de « crise de la masculinité » qui ne se contente plus de circuler en marge mais structure désormais le débat public.

 

Une croyance qui a quitté les marges

 

Le discours masculiniste ne circule pas uniquement dans les recoins de la manosphère. Il s’est diffusé dans les médias grand public, dans la publicité, dans les algorithmes des plateformes qui amplifient mécaniquement les contenus clivants.

TikTok, YouTube, X : le baromètre établit une corrélation directe entre l’usage intensif de ces espaces et l’adhésion au sexisme hostile. L’exposition répétée à des représentations qui naturalisent les rôles de genre et présentent l’égalité comme une menace produit des effets mesurables et transgénérationnels.

Car le masculinisme s’appuie sur un terreau bien plus ancien : la conviction, largement partagée, que les rôles de genre sont naturels, que l’ordre traditionnel est légitime, et que les avancées féministes constituent une forme d’agression. Le baromètre le documente : plus l’âge augmente, moins le sexisme est perçu comme un problème social.

Chez les 65 ans et plus, 48 % des hommes et 45 % des femmes estiment qu’il n’est désavantageux ni d’être un homme ni d’être une femme. Non par adhésion explicite au masculinisme, mais parce que l’égalité leur semble déjà atteinte. C’est précisément le premier postulat sur lequel repose cette idéologie. Elle n’a pas besoin d’être nommée pour agir.

Dans le cinéma et l’audiovisuel, où l’autorité créative concentre les pouvoirs, où les équipes se recomposent à chaque projet, où la culture du talent tient lieu de gouvernance, ces représentations ne s’expriment pas en discours. Elles s’expriment en décisions. Et dans un secteur où la parole des victimes se heurte encore à une omerta tenace et à la peur de ne plus être appelé·e, elles créent autant les conditions du silence que celles de la violence.

Prévention, protection, action : le HCE trace une feuille de route

Le HCE est explicite : la France accuse un retard préoccupant. Là où le Canada et le Royaume-Uni ont déjà structuré des dispositifs nationaux de prévention de la radicalisation masculiniste, aucun cadre stratégique national n’existe encore ici. Le rapport formule ainsi une exigence claire : une réponse interministérielle structurée autour de trois piliers : prévention par la sensibilisation et la formation, la protection des victimes et la lutte opérationnelle contre les réseaux masculinistes.

 

Ces trois piliers, l’Atelier Marcelle les opère déjà à l’échelle du secteur audiovisuel. Former les équipes à identifier les mécanismes. Outiller les décideur·se·s pour agir sur les structures. Construire une culture de prévention qui s’inscrit dans la durée.

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